L'annonce récente faite par France bleue de la découverte d'une patte de jeune mammouth dans la grotte d'Isturitz relance le débat sur la chasse de cet animal

Rédigé par Archeolithe Aucun commentaire

Animal emblématique de la préhistoire, le mammouth, suscite bien des fantasmes. La chasse et la consommation de cet animal est pourtant encore largement sujet à caution. Que nous apprennent vraiment les découvertes de ces dernières décennies ?

France Bleue, samedi 17 avril dernier nous annonçait la découverte exceptionnelle d'une patte de jeune mammouth dans la grotte d'Isturitz, au Pays Basque. Le titre est sans équivoque : "Des fouilles archéologiques révèlent que des hommes chassaient le mammouth à Isturitz", il y a environs 28 ou 29 000 ans. Pourtant, à la lecture de l'article, rien ne prouve une chasse au mammouth, si ce n'est un glissement sémantique : charognage potentiel ne signifie pas action de chasse attestée. Quels sont les données factuelles? Les archéologues ont retrouvé une patte de jeune mammouth, à 100 m de l'entrée, avec des traces de découpes faites par des couteaux de boucheries en silex. Cela nous apprend deux choses :

Premièrement, une carcasse de jeune mammouth a été dépecée à l'extérieur de la grotte,

Deuxièmement, une partie seulement de cette carcasse, en l’occurrence une patte, a été transportée à l'intérieur de la grotte. Rien ne nous confirme que ce jeune mammouth a été abattu par les hommes d'Isturitz.

Les grottes d'Arcy sur Cure, dans l'Yonne ont fournit depuis longtemps quantité de restes de proboscidiens. L'os et l'ivoire de ces grands animaux ont largement été utilisés par les Gravettiens, il y a environ 27 000 ans BP, dans la fabrication d'outils. Une récente étude (N. Goutas / J. Lacarrière 2018) témoigne également de traces de découpes sur carcasses fraîches, mais aussi de l'emploi d'os "secs" plus anciens, probablement amené par les Aurignaciens. Les autrices restent très prudentes sur l'éventualité d'une consommation de la viande et encore plus sur la preuve d'une chasse potentielle. La possibilité de charognage est alors évoqué.

Mais que faut-il donc pour prouver une action de chasse ? Il faut des indices irréfutables, et cela n'est pas si simple. En France, nous n'en possédons tout simplement pas.

Il faut alors se tourner vers la Sibérie Centrale, sur le site de Lugovskoe. Les paléontologues Mashchenko et Pavlov on découvert en septembre 2003 une vertèbre de mammouth percée d'une pointe de sagaie. L'acte cynégétique est ici irréfutable.

Enfin, une dernière preuve de l'incidence de l'homme sur la disparition du mammouth nous provient de l'ile de Wrangel dans l'océan Arctique, l'un des derniers refuges de l'espèce avant sa totale disparition. Dans cette île, les mammouths ont continué de prospérer quelques milliers d'années après la disparition de leurs cousins du continent, jusqu'à l'arrivée d'homo Sapiens dans l'île, justement... (Yuval Noah Harari 2020)

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